Texte par Aude Camus
Je dois avouer que je ne suis pas particulièrement fière du temps qu’il m’aura fallu pour enfin pousser la porte de Yurt. Il y a quelques mois, Xeniya, cofondatrice du restaurant, m’avait contactée sur Instagram pour me faire découvrir le premier restaurant moderne d’Asie centrale à Hong Kong. Et si l’invitation m’avait immédiatement enthousiasmée, trouver une soirée pour m’y rendre a mystérieusement continué de passer au second plan de ma liste de choses à faire, déjà bien trop longue.
Non pas que l’adresse ne m’intéressait pas, ni qu’il me fallait traverser tout Hong Kong pour aller dîner. Bien au contraire, j’habite à cinq petites minutes à pied du restaurant. Mais le quotidien a parfois cette drôle de façon de nous occuper à tel point que même un bon dîner, juste au coin de la rue, finit par être repoussé à plus tard.
Heureusement, les gentilles relances de Xeniya ont fini par porter leurs fruits. Une date a enfin été notée dans mon agenda et me voilà, prête à vivre ma toute première expérience culinaire d’Asie centrale.
Des attentes particulières ? Aucune. Pas dans le mauvais sens du terme, rassurez-vous. Je ne savais tout simplement absolument pas à quoi m’attendre. J’ai donc fait ce que je fais généralement avant de découvrir un nouveau restaurant : un petit tour sur Instagram, suivi d’une lecture attentive de la carte en ligne.
Le compte Instagram a immédiatement attiré mon attention. Ses couleurs chaleureuses et ses visuels particulièrement accueillants semblaient déjà raconter cette fameuse hospitalité d’Asie centrale que Xeniya allait ensuite me faire découvrir tout au long du dîner.
La carte, en revanche, m'a réservé une petite surprise : la viande de cheval. Servie sous forme de saucisse ou maturée à sec, elle fait partie des spécialités de la maison. Alors, je me considère plutôt comme une foodie aventureuse et ouverte à de nouvelles expériences, mais après plus de 20 ans de pratique de l’équitation, il y a quelque chose dans l’idée de manger du cheval que mon cerveau n'arrive tout simplement pas à accepter.
Et attention, il ne s’agit absolument pas d’une critique de cette spécialité, bien au contraire. Je trouve même assez beau que Yurt ait choisi de la faire découvrir, en restant fidèle aux traditions culinaires d’Asie centrale plutôt que de chercher à tout adapter aux palais étrangers. J’ai également trouvé fascinant d’apprendre de Xeniya que leur viande de cheval provient d’un seul et même élevage près d’Almaty, au Kazakhstan, et de découvrir les défis logistiques que représente son acheminement jusqu’à Hong Kong. Le transport terrestre via la Chine continentale s’avère finalement plus pratique que l’avion !
Une fois rassurée sur le fait que je pourrais profiter d'un véritable festin d'Asie centrale sans avoir à franchir mon petit blocage personnel avec la viande de cheval, je me suis détendue et laissée guider avec plaisir par Xeniya dans son univers.
Plus maison familiale que yourte nomade
Commençons par une petite précision : si vous vous attendez à découvrir un restaurant entièrement décoré comme une yourte traditionnelle, avec tous les clichés qui vont avec, ce n’est pas vraiment ce qui vous attend.
Yurt s’inspire plutôt de la chaleur et de l'atmosphère d'une maison familiale d'Asie centrale. Installé sur Elgin Street, le restaurant se repère facilement grâce à sa façade blanche lumineuse, sa grande fenêtre/vitrine sur la rue, et sa lumière chaleureuse qui donne immédiatement envie d'entrer. À l'intérieur, des tables et chaises en bois foncé aux angles arrondis, un éclairage doux et quelques objets décoratifs soigneusement choisis créent une atmosphère à la fois dépaysante et étrangement réconfortante.
Une bibliothèque expose notamment une tubeteika (un chapeau traditionnel d’Asie centrale), aux côtés de livres, de bols décoratifs, de vases et d'une lampe. Rien n'est surjoué, rien ne ressemble à un décor de parc à thème folklorique. L'ensemble est sobre, réfléchi et, surtout, chaleureux.
Je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir cette drôle d'impression d'être quelque part où je n'étais jamais allée, mais qui m'était pourtant étrangement familier. C'est peut-être précisément ce que Yurt cherche à recréer : le sentiment d'être accueillie chez quelqu'un, plutôt que simplement de venir s'installer à une table de restaurant.
Et cette impression ne tient pas uniquement à la décoration. Toute l'équipe vient d'Asie centrale, principalement du Kazakhstan, et certains membres du personnel en salle sont des étudiants installés à Hong Kong qui travaillent au restaurant en parallèle de leurs études.
Je ne sais pas vous, mais j'ai toujours trouvé cela un peu étrange lorsqu'on entre dans un restaurant et que l'on sent que la personne qui prend votre commande ne sait même pas prononcer le nom du plat que vous souhaitez, sans parler de savoir réellement ce qu'il contient. (Notamment dans les restaurants français !)
Ici, c'est tout l'inverse. Si vous ne connaissez pas bien les plats de la carte, et il y a de fortes chances que ce soit le cas, l'équipe est parfaitement à même de vous guider, et pas simplement de réciter une description.
Notre serveuse était particulièrement adorable. Elle nous a raconté pourquoi un certain plat occupait une place spéciale dans son cœur, nous a expliqué pourquoi le cocktail Almaty Nights contenait du vinaigre de cidre de pomme, et a répondu avec plaisir à toutes nos questions.
Et puisqu'on parle d'Almaty, voici une petite anecdote historique pour briller au prochain dîner : la ville est souvent surnommée la « ville des pommes », son nom étant associé au mot kazakh alma, qui signifie pomme. La région est également étroitement liée aux origines de la pomme cultivée moderne. La passionnée d'histoire qui sommeille en moi adore ce genre de petites anecdotes. Vous savez, ce moment où l'on est simplement venu dîner et où l'on finit, une heure plus tard, à enchaîner les pages Internet pour en apprendre davantage sur un fait historique. Ça vous parle ?
Un festin de saveurs, avec un peu de tout
Bon, passons aux choses sérieuses : la nourriture ! Et s'il y a bien une chose à savoir avant de venir chez Yurt, c'est qu'il vaut mieux arriver avec de l'appétit.
Nous avons commencé par deux jolies introductions à la carte : les baursak, de petits beignets de pâte faits maison, servis avec de la crème aigre et du miel, et l'achichuk, une salade ouzbèke fraîche à base de tomates, de quinoa et d'oignons rouges.
La présentation est contemporaine, mais les saveurs restent merveilleusement ancrées dans la tradition. Les baursak sont le genre de petites bouchées réconfortantes et délicieusement addictives qui vous font immédiatement comprendre pourquoi la cuisine maison occupe une place si importante dans l'hospitalité.
Nous avons ensuite goûté à la langue de bœuf, considérée comme un mets délicat au Kazakhstan et traditionnellement servie aux côtés de viande de cheval lors des grands festins. C'était probablement l'un de mes plats préférés de la soirée. Accompagnée de naan à l'oignon et d'un houmous aux pois chiches et au sésame, cette assiette offrait une association riche et réconfortante, entièrement nouvelle pour moi, mais étrangement familière.
La soupe au potiron a suivi et, si le réconfort avait une personnalité, ce serait probablement celle-ci. Douce et veloutée, presque comme un petit coussin comestible, sa richesse était joliment équilibrée par l'acidité du qurt, un fromage traditionnel fermenté à base de lait, ici de chamelle.
Puis sont arrivés les plats principaux, et Yurt n'a clairement pas peur des saveurs affirmées.
Le jarret d'agneau était probablement le plat le plus puissant de la soirée côté saveurs. Une viande plutôt familière dans son principe, certes, mais avec un profil aromatique bien plus prononcé que ce à quoi je suis habituée. Rien d'écrasant, simplement suffisamment de caractère pour nous rappeler que nous sommes en train d'explorer une autre tradition culinaire.
À ses côtés, nous avons découvert la perche de Balkhach, un poisson originaire du lac Balkhach et de son bassin hydrographique, au Kazakhstan. Une proposition beaucoup plus délicate, servie avec une purée soyeuse d'aubergines rôties et de maïs. Subtile, joliment équilibrée et offrant un délicieux contraste avec l'agneau.
Et puisque Xeniya semblait bien décidée à nous faire découvrir un peu de tout, un plat végétarien a également rejoint la table : le dolma, composé d'aubergine cuite au four, d'une purée de carottes et d'une mousse de qurt.
Je suis particulièrement contente que ce plat ait fait partie du festin, car je ne l'aurais probablement pas commandé moi-même. Comme quoi, il est parfois bon de laisser quelqu'un d'autre choisir à votre place !
Dire qu'il nous restait de la place pour le dessert serait un petit mensonge. Mais imaginez-vous assise à la table d'une maman kazakhe et lui annoncer que vous êtes trop rassasiée pour goûter ce qu'elle a préparé avec amour. Pas vraiment une option, n'est-ce pas ?
Nous avons donc joyeusement fait de la place pour le cheesecake au raisin. Le raisin étant, soit dit en passant, un autre fruit cultivé au Kazakhstan. Et puisqu'on parle raisin, saviez-vous que le Kazakhstan possède également une tradition viticole ? Encore une petite découverte à ajouter à ma longue liste de choses que j'ignorais avant ce dîner.
Petite précision tout de même : Yurt est un établissement strictement sans alcool et certifié halal. À la place, vous trouverez une sélection de boissons sans alcool soigneusement élaborées, avec quelques associations de saveurs plutôt intrigantes.
Un petit goût d'ailleurs
Ce que j'ai particulièrement apprécié chez Yurt, c'est que le restaurant ne cherche pas à tout prix à s'expliquer ou à rendre la cuisine d'Asie centrale plus familière qu'elle ne l'est réellement. Il vous invite simplement à la découvrir, une assiette et une histoire à la fois.
Et visiblement, nous n'étions pas les seuls à avoir envie d'un petit voyage culinaire ce soir-là. Le restaurant accueillait une clientèle plutôt éclectique : des couples hongkongais venus profiter de son atmosphère intimiste pour un dîner en tête-à-tête, une famille d'Asie centrale venue retrouver quelques saveurs de chez elle et, plus surprenant encore, une table de quatre jeunes Français, uniquement des hommes dans la vingtaine ! Je n'ai pas pu m'empêcher de me demander ce qui les avait amenés ici, mais j'ai trouvé assez amusant de voir des profils aussi différents partager cette même curiosité autour de la table.
Et c'est peut-être précisément ce qui a rendu cette soirée si agréable. Au-delà de la cuisine, ce sont les rencontres, les histoires derrière les ingrédients, les petits détails culturels et cette véritable sensation d'être accueillie autour de la table familiale de quelqu'un qui ont rendu l'expérience mémorable.
Je suis arrivée en ne connaissant quasiment rien à la cuisine d'Asie centrale. J'en suis repartie avec une nouvelle appréciation de ses saveurs, quelques anecdotes à raconter (et, inévitablement, à approfondir sur Internet) et une bien meilleure compréhension de ce qui rend l'hospitalité kazakhe si particulière.
Alors, suis-je devenue une adepte de la viande de cheval ? Pas tout à fait. Mais ai-je découvert une nouvelle adresse qui mérite que l'on s'y aventure pour une soirée de découverte culinaire ? Absolument.
Et la prochaine fois, promis, je n'attendrai pas aussi longtemps avant d'accepter une invitation !
Yurt
32 Elgin Street, Central, Hong Kong
Site internet : yurthk.com
Instagram : @yurt.hk
Je dois avouer que je ne suis pas particulièrement fière du temps qu’il m’aura fallu pour enfin pousser la porte de Yurt. Il y a quelques mois, Xeniya, cofondatrice du restaurant, m’avait contactée sur Instagram pour me faire découvrir le premier restaurant moderne d’Asie centrale à Hong Kong. Et si l’invitation m’avait immédiatement enthousiasmée, trouver une soirée pour m’y rendre a mystérieusement continué de passer au second plan de ma liste de choses à faire, déjà bien trop longue.
Non pas que l’adresse ne m’intéressait pas, ni qu’il me fallait traverser tout Hong Kong pour aller dîner. Bien au contraire, j’habite à cinq petites minutes à pied du restaurant. Mais le quotidien a parfois cette drôle de façon de nous occuper à tel point que même un bon dîner, juste au coin de la rue, finit par être repoussé à plus tard.
Heureusement, les gentilles relances de Xeniya ont fini par porter leurs fruits. Une date a enfin été notée dans mon agenda et me voilà, prête à vivre ma toute première expérience culinaire d’Asie centrale.
Des attentes particulières ? Aucune. Pas dans le mauvais sens du terme, rassurez-vous. Je ne savais tout simplement absolument pas à quoi m’attendre. J’ai donc fait ce que je fais généralement avant de découvrir un nouveau restaurant : un petit tour sur Instagram, suivi d’une lecture attentive de la carte en ligne.
Le compte Instagram a immédiatement attiré mon attention. Ses couleurs chaleureuses et ses visuels particulièrement accueillants semblaient déjà raconter cette fameuse hospitalité d’Asie centrale que Xeniya allait ensuite me faire découvrir tout au long du dîner.
La carte, en revanche, m'a réservé une petite surprise : la viande de cheval. Servie sous forme de saucisse ou maturée à sec, elle fait partie des spécialités de la maison. Alors, je me considère plutôt comme une foodie aventureuse et ouverte à de nouvelles expériences, mais après plus de 20 ans de pratique de l’équitation, il y a quelque chose dans l’idée de manger du cheval que mon cerveau n'arrive tout simplement pas à accepter.
Et attention, il ne s’agit absolument pas d’une critique de cette spécialité, bien au contraire. Je trouve même assez beau que Yurt ait choisi de la faire découvrir, en restant fidèle aux traditions culinaires d’Asie centrale plutôt que de chercher à tout adapter aux palais étrangers. J’ai également trouvé fascinant d’apprendre de Xeniya que leur viande de cheval provient d’un seul et même élevage près d’Almaty, au Kazakhstan, et de découvrir les défis logistiques que représente son acheminement jusqu’à Hong Kong. Le transport terrestre via la Chine continentale s’avère finalement plus pratique que l’avion !
Une fois rassurée sur le fait que je pourrais profiter d'un véritable festin d'Asie centrale sans avoir à franchir mon petit blocage personnel avec la viande de cheval, je me suis détendue et laissée guider avec plaisir par Xeniya dans son univers.
Plus maison familiale que yourte nomade
Commençons par une petite précision : si vous vous attendez à découvrir un restaurant entièrement décoré comme une yourte traditionnelle, avec tous les clichés qui vont avec, ce n’est pas vraiment ce qui vous attend.
Yurt s’inspire plutôt de la chaleur et de l'atmosphère d'une maison familiale d'Asie centrale. Installé sur Elgin Street, le restaurant se repère facilement grâce à sa façade blanche lumineuse, sa grande fenêtre/vitrine sur la rue, et sa lumière chaleureuse qui donne immédiatement envie d'entrer. À l'intérieur, des tables et chaises en bois foncé aux angles arrondis, un éclairage doux et quelques objets décoratifs soigneusement choisis créent une atmosphère à la fois dépaysante et étrangement réconfortante.
Une bibliothèque expose notamment une tubeteika (un chapeau traditionnel d’Asie centrale), aux côtés de livres, de bols décoratifs, de vases et d'une lampe. Rien n'est surjoué, rien ne ressemble à un décor de parc à thème folklorique. L'ensemble est sobre, réfléchi et, surtout, chaleureux.
Je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir cette drôle d'impression d'être quelque part où je n'étais jamais allée, mais qui m'était pourtant étrangement familier. C'est peut-être précisément ce que Yurt cherche à recréer : le sentiment d'être accueillie chez quelqu'un, plutôt que simplement de venir s'installer à une table de restaurant.
Et cette impression ne tient pas uniquement à la décoration. Toute l'équipe vient d'Asie centrale, principalement du Kazakhstan, et certains membres du personnel en salle sont des étudiants installés à Hong Kong qui travaillent au restaurant en parallèle de leurs études.
Je ne sais pas vous, mais j'ai toujours trouvé cela un peu étrange lorsqu'on entre dans un restaurant et que l'on sent que la personne qui prend votre commande ne sait même pas prononcer le nom du plat que vous souhaitez, sans parler de savoir réellement ce qu'il contient. (Notamment dans les restaurants français !)
Ici, c'est tout l'inverse. Si vous ne connaissez pas bien les plats de la carte, et il y a de fortes chances que ce soit le cas, l'équipe est parfaitement à même de vous guider, et pas simplement de réciter une description.
Notre serveuse était particulièrement adorable. Elle nous a raconté pourquoi un certain plat occupait une place spéciale dans son cœur, nous a expliqué pourquoi le cocktail Almaty Nights contenait du vinaigre de cidre de pomme, et a répondu avec plaisir à toutes nos questions.
Et puisqu'on parle d'Almaty, voici une petite anecdote historique pour briller au prochain dîner : la ville est souvent surnommée la « ville des pommes », son nom étant associé au mot kazakh alma, qui signifie pomme. La région est également étroitement liée aux origines de la pomme cultivée moderne. La passionnée d'histoire qui sommeille en moi adore ce genre de petites anecdotes. Vous savez, ce moment où l'on est simplement venu dîner et où l'on finit, une heure plus tard, à enchaîner les pages Internet pour en apprendre davantage sur un fait historique. Ça vous parle ?
Un festin de saveurs, avec un peu de tout
Bon, passons aux choses sérieuses : la nourriture ! Et s'il y a bien une chose à savoir avant de venir chez Yurt, c'est qu'il vaut mieux arriver avec de l'appétit.
Nous avons commencé par deux jolies introductions à la carte : les baursak, de petits beignets de pâte faits maison, servis avec de la crème aigre et du miel, et l'achichuk, une salade ouzbèke fraîche à base de tomates, de quinoa et d'oignons rouges.
La présentation est contemporaine, mais les saveurs restent merveilleusement ancrées dans la tradition. Les baursak sont le genre de petites bouchées réconfortantes et délicieusement addictives qui vous font immédiatement comprendre pourquoi la cuisine maison occupe une place si importante dans l'hospitalité.
Nous avons ensuite goûté à la langue de bœuf, considérée comme un mets délicat au Kazakhstan et traditionnellement servie aux côtés de viande de cheval lors des grands festins. C'était probablement l'un de mes plats préférés de la soirée. Accompagnée de naan à l'oignon et d'un houmous aux pois chiches et au sésame, cette assiette offrait une association riche et réconfortante, entièrement nouvelle pour moi, mais étrangement familière.
La soupe au potiron a suivi et, si le réconfort avait une personnalité, ce serait probablement celle-ci. Douce et veloutée, presque comme un petit coussin comestible, sa richesse était joliment équilibrée par l'acidité du qurt, un fromage traditionnel fermenté à base de lait, ici de chamelle.
Puis sont arrivés les plats principaux, et Yurt n'a clairement pas peur des saveurs affirmées.
Le jarret d'agneau était probablement le plat le plus puissant de la soirée côté saveurs. Une viande plutôt familière dans son principe, certes, mais avec un profil aromatique bien plus prononcé que ce à quoi je suis habituée. Rien d'écrasant, simplement suffisamment de caractère pour nous rappeler que nous sommes en train d'explorer une autre tradition culinaire.
À ses côtés, nous avons découvert la perche de Balkhach, un poisson originaire du lac Balkhach et de son bassin hydrographique, au Kazakhstan. Une proposition beaucoup plus délicate, servie avec une purée soyeuse d'aubergines rôties et de maïs. Subtile, joliment équilibrée et offrant un délicieux contraste avec l'agneau.
Et puisque Xeniya semblait bien décidée à nous faire découvrir un peu de tout, un plat végétarien a également rejoint la table : le dolma, composé d'aubergine cuite au four, d'une purée de carottes et d'une mousse de qurt.
Je suis particulièrement contente que ce plat ait fait partie du festin, car je ne l'aurais probablement pas commandé moi-même. Comme quoi, il est parfois bon de laisser quelqu'un d'autre choisir à votre place !
Dire qu'il nous restait de la place pour le dessert serait un petit mensonge. Mais imaginez-vous assise à la table d'une maman kazakhe et lui annoncer que vous êtes trop rassasiée pour goûter ce qu'elle a préparé avec amour. Pas vraiment une option, n'est-ce pas ?
Nous avons donc joyeusement fait de la place pour le cheesecake au raisin. Le raisin étant, soit dit en passant, un autre fruit cultivé au Kazakhstan. Et puisqu'on parle raisin, saviez-vous que le Kazakhstan possède également une tradition viticole ? Encore une petite découverte à ajouter à ma longue liste de choses que j'ignorais avant ce dîner.
Petite précision tout de même : Yurt est un établissement strictement sans alcool et certifié halal. À la place, vous trouverez une sélection de boissons sans alcool soigneusement élaborées, avec quelques associations de saveurs plutôt intrigantes.
Un petit goût d'ailleurs
Ce que j'ai particulièrement apprécié chez Yurt, c'est que le restaurant ne cherche pas à tout prix à s'expliquer ou à rendre la cuisine d'Asie centrale plus familière qu'elle ne l'est réellement. Il vous invite simplement à la découvrir, une assiette et une histoire à la fois.
Et visiblement, nous n'étions pas les seuls à avoir envie d'un petit voyage culinaire ce soir-là. Le restaurant accueillait une clientèle plutôt éclectique : des couples hongkongais venus profiter de son atmosphère intimiste pour un dîner en tête-à-tête, une famille d'Asie centrale venue retrouver quelques saveurs de chez elle et, plus surprenant encore, une table de quatre jeunes Français, uniquement des hommes dans la vingtaine ! Je n'ai pas pu m'empêcher de me demander ce qui les avait amenés ici, mais j'ai trouvé assez amusant de voir des profils aussi différents partager cette même curiosité autour de la table.
Et c'est peut-être précisément ce qui a rendu cette soirée si agréable. Au-delà de la cuisine, ce sont les rencontres, les histoires derrière les ingrédients, les petits détails culturels et cette véritable sensation d'être accueillie autour de la table familiale de quelqu'un qui ont rendu l'expérience mémorable.
Je suis arrivée en ne connaissant quasiment rien à la cuisine d'Asie centrale. J'en suis repartie avec une nouvelle appréciation de ses saveurs, quelques anecdotes à raconter (et, inévitablement, à approfondir sur Internet) et une bien meilleure compréhension de ce qui rend l'hospitalité kazakhe si particulière.
Alors, suis-je devenue une adepte de la viande de cheval ? Pas tout à fait. Mais ai-je découvert une nouvelle adresse qui mérite que l'on s'y aventure pour une soirée de découverte culinaire ? Absolument.
Et la prochaine fois, promis, je n'attendrai pas aussi longtemps avant d'accepter une invitation !
Yurt
32 Elgin Street, Central, Hong Kong
Site internet : yurthk.com
Instagram : @yurt.hk
Hong Kong Madame a été invitée à découvrir Yurt. Comme toujours, les opinions et impressions exprimées dans cet article sont les miennes.



