Portraits de femmes – Valentina, Fondatrice de V Apparel

12 Septembre 2019


par Aude Camus 
 
Combien de marques mode originaires de Hong Kong pouvez-vous citer ? Trois ou quatre grand maximum de mon côté. Et ça se complique encore quand on regarde du côté des marques de sport. Je n’en connais pas une seule qui soit locale. Attention, je n’ai absolument rien contre les grandes marques : je passe ma vie en legging Lululemon et mon tiroir affaires de sport déborde de débardeurs Dry-Fit de chez Nike. D’ailleurs, jusqu’ici je n’avais jamais vraiment cherché à savoir s’il existait des petites marques locales sympas. Jusqu’à ce que Diane, la fondatrice Sponge, ne me mette en contact avec Valentina. « Tu vas voir, elle est super, hyper dynamique, elle a lancé sa marque pour laquelle j’ai posé (d’ailleurs ce shooting on en parle ? Est-ce que Diane n’est pas absolument canon sur ces photos ?), elle milite pour le body positif et tu vas l’adorer » … Un rapide coup d’œil au site V Apparel plus tard et je répondais à Diane « super ! Organise-moi un café avec Valentina ! ». 

 

Portraits de femmes – Valentina, Fondatrice de V Apparel
Coucou Valentina. Ravie de partager ce café avec toi ! Tu peux m’en dire un peu plus sur toi ? Qui es-tu, qu’est-ce qui t’as amené ici à Hong Kong et pourquoi avoir lancé V Apparel ?
Je suis née en Chine, dans la région de Pékin, et j’y ai grandi avant d’être envoyée dans un pensionnat en Angleterre vers 13-14 ans. J’ai fait mon collège, mon lycée et mon université au Royaume-Uni ou j’ai obtenu un master en philosophie post-moderne. Malheureusement, je me suis vite rendu compte que les opportunités professionnelles étaient très limitées dans ma branche et, comme la recherche ne m’intéressait pas, je suis partie dans une toute autre direction et j’ai été embauchée chez EY à Londres. J’ai passé un diplôme d’expert-comptable sponsorisé par le cabinet et je me suis lancée dans la finance. Mais là encore, et après 4 ans, j’ai senti que je n’étais pas dans la bonne direction. J’étais complètement perdue dans ma vie ! J’ai tout quitté pour aller faire une saison de ski et snowboard en France. Autant dire que mes parents en Chine étaient ravis ! Ils m’ont beaucoup mis la pression pour que je trouve « un vrai travail » et je suis donc repartie pour Londres pour travailler dans le département finance d’un cabinet d’avocats. Cette compagnie m’a envoyée pour une mission de 2 mois à Hong Kong et c’est donc il y a 6 ans que j’ai découvert Hong Kong pour la première fois. Et oui, je suis née en Chine mais je ne connaissais pas Hong Kong jusque-là. C’est aussi pendant cette mission que j’ai rencontré mon futur mari, Australien, qui m’a suivie à Londres. Puis, nous avons pris la décision de revenir nous installer à Hong Kong pour du long terme. J’ai eu mon premier enfant et les quatre premières années de ma vie d’expats à Hong Kong ont été totalement centrées autour de mon rôle de maman. Je vivais pour mes enfants ! Et pour mon groupe de copines, « ma mama tribe » comme j’aime l’appeler. On fait tout ensemble ; on court après nos enfants ensemble, on se soutient dans les moments difficiles, on fait du sport ensemble et on essaye de se maintenir en forme, on passe réellement nos journées ensemble … le tout dans nos leggings !
 

Ah les leggings ! C’est donc de là que tout est parti ! Mais si je ne me trompe pas, tu n’avais aucune passion spécifique pour le sport ?
Absolument ! Avant de rencontrer mon groupe de copines je ne faisais quasi pas de sport. Aujourd’hui, je me demande comment j’ai pu vivre sans cela. 
Et oui c’est bien de là, qu’est venue l’idée de V Apparel. Je passais mes journées en legging mais j’en ai eu assez de payer 1,000 HKD pour des leggings certes avec des matières supers mais qui manquaient de fantaisie. Je suis beaucoup la mode, les défilés et je cherchais une marque qui puise son inspiration dans les grandes marques pour proposer de l’activewear abordable (un peu ce que fait Zara en prêt à porter finalement). 
 

Mais tu n’avais pas de background dans la mode ?
Non. Pas plus que je n’avais la moindre idée de comment on lance une compagnie. J’ai juste suivi une intuition. 
Je ne dessine pas mes modèles mais ce n’est pas un problème car j’explique ma vision à un designer qui se charge ensuite des croquis. En revanche, je sélectionne tous les tissus moi-même. Je veux des tissus techniques mais avec des imprimés tendance. Bien sûr, j’ai aussi quelques looks un peu plus classiques qui sont des looks signatures mais mon idée est vraiment d’apporter des collections qui changent avec les saisons, exactement comme dans la mode. 
 

Et si tu devais présenter ta marque en juste quelques mots ?

Portraits de femmes – Valentina, Fondatrice de V Apparel
La performance mais avec style.
La rencontre entre les matières techniques du sportswear et les imprimés tendance de la fashion. 
 

Quand as-tu officiellement lancé ?
À Noel 2018 donc il n’y a même pas 1 an. 
 

Quel a été jusqu’ici le plus excitant dans ton aventure entrepreneuriale ? 
Le retour des clientes. J’ai imaginé ma marque pour que les femmes se sentent bien et belles dedans. Je suis maman, mes amies sont mamans, nous ne sommes plus des ados et par exemple nous ne voulons pas porter des crop-tops. C’est pour cela que j’ai privilégié le travail sur le dos de mes tops. Je connais peu de femmes qui n’aiment pas leur dos alors que nous sommes nombreuses à détester notre ventre. Quel aurait-été l’intérêt d’imaginer des vêtements qui fassent ressortir nos complexes ? Et cela marche, les femmes se sentent bien dans mes vêtements et ça pour moi c’est une belle réussite. 
 

La body-positivité c’est important pour toi ?

Portraits de femmes – Valentina, Fondatrice de V Apparel
C’est crucial. Nous ne sommes pas des mannequins Victoria Secret, nous sommes des vraies femmes donc oui nous avons toutes des tailles et des formes de corps différentes et pourtant nous sommes toutes si belles. La beauté ce n’est pas une taille. Être en bonne santé ce n’est pas faire tel poids. Il y a déjà tellement de négativité autour de nous, je voulais que ma marque au contraire respire le positif. Notre dernière campagne par exemple a été filmée et photographiée avec des vraies femmes et non des mannequins. 
 

Et être une maman-entrepreneur c’est comment ? Tu arrives à trouver un équilibre ?
Je ne vais pas mentir, je suis encore en plein apprentissage. Pour moi, trouver cet équilibre est le plus difficile dans mon aventure entrepreneuriale. Je travaille de la maison ce qui ne rend pas les choses faciles parce que mes enfants me réclament, me distraient, demandent mon attention. Heureusement, mes deux enfants vont maintenant à l’école l’après-midi ce qui me laisse un peu de temps au calme pour travailler. J’avoue attendre l’année prochaine avec impatience car mon ainé sera aussi à l’école le matin. Et dans deux ans, ils seront tous les deux à l’école toute la journée et là je pense vraiment que les choses seront plus faciles. Pour l’instant, je fais comme je peux. Le matin, j’essaye de les occuper : un cours de danse par ci, un court d’arts plastiques par là … et je profite dès que j’ai un moment devant moi pour avancer au maximum. En revanche, mes fins d’après-midis et soirées leurs sont 100% dédiées, c’est important pour moi de garder du temps à passer ensemble. 
 

Un weekend en famille idéal cela ressemble à quoi pour toi ?

Portraits de femmes – Valentina, Fondatrice de V Apparel
Nous avons la chance d’être copropriétaires d’une jonque avec des amis et du coup, nous passons au moins une journée du weekend sur l’eau : naviguer, poser l’ancre au calme et lézarder pendant que les enfants jouent dans l’eau, aller se poser à Lama pour manger des fruits de mer, rentrer avec un stop vers Stanley pour un verre de vin au coucher de soleil si on le souhaite … c’est la journée parfaite selon moi. Nous aimons nos petites habitudes ! Par exemple, le wekeend, quand nous ne sommes pas en mer, vous nous trouverez quasi systématiquement chez Bar & Grill à Kennedy Town. Dernièrement, j’aime aussi beaucoup le brunch de Hutong avec sa vue magnifique et son offre culinaire qui me plaît beaucoup. Les enfants adorent prendre le Star Ferry donc nous faisons aussi cela souvent puis nous baladons dans Harbour City. En gros, le weekend l’objectif est de passer du temps avec mes enfants et que ceux-ci ne s’embêtent pas (et si possible qu’ils soient bien fatigués à la fin de la journée !).  






 



Dans la même rubrique :
< >

Lundi 2 Septembre 2019 - 07:00 Chefs à Hong Kong – Peggy Chan chez Nectar


Nouveau commentaire :
Twitter